Twisted mind#1

BUTTERFLY

Des papillons dans le ventre.

C’était un matin frais mais doux, rien d’inhabituel pour cette époque de l’année. J’étais resté plus longtemps sous les draps, profitant de l’atmosphère des premiers rayons du soleil. J’écoutais le silence. Plus je l’écoutais et plus je tombais en lui. Je me demandais souvent si le silence était vraiment le silence. Si « rien » existait réellement. Très vite mes sens s’éveillaient, j’entendais que le silence n’existait pas, brouillé par le ronronnement de la circulation en bas de la rue, troublé par quelques pigeons ci et là qui roucoulaient en attendant que la mamie d’en face daigne ouvrir sa fenêtre pour leur lancer les miettes du petit déjeuner. Puisque je venais de me prouver que le silence n’existait pas, je me levais nonchalamment, enfilais un jean troué et un vieux pull par-dessus mon pyjama pour aller chercher mon café quotidien au bistrot du coin. J’avais mis mes vieilles vans à la vas-vite tout en nouant mes cheveux dans un amas de nœuds.  J’entendais dans un coin de ma tête ma mère soupirait en me regardant. « Ca fait mauvais genre ma fille ». Même dans mon esprit je l’exaspérais. J’étais au fin fond de mes pensées quand j’ai vu le premier papillon. Je fermais toujours ma porte à clé, question d’habitude. Derrière moi une ombre portait un énorme fauteuil. Pitié, un nouvel élément perturbateur. Il éclata de rire en refermant la porte sur lui. J’étais au fin fond de mes pensées quand j’ai vu mon premier papillon. Quoi que je ne l’ai pas vraiment vu, mais plutôt senti les battements de ses ailes. Son rire a ricoché dans mon estomac pour donner naissance à un joli papillon. Mes pupilles étaient dilatées mais je préférais mettre ça sur mon manque de caféine. Pas de quoi s’emballer : une ombre avec un rire sexy ? Arrête ton char Ben Hur, on est pas dans une série.

C’était midi, quelques jours plus tard. J’avais oublié cette histoire de papillon sexy. Je bossais à la maison quand on a sonné à la porte. Moi et les autres … Et bien ils ne s’appellent pas les Autres pour rien. Je trainais les pieds jusqu’au judas. Un garçon attendait là. Bon admettons, un homme se tenait devant ma porte. Je décidais d’ouvrir mais de mettre rapidement un terme à cette interaction sociale. J’ouvrais. Sans rien dire. Fronçant les sourcils, je m’appliquais à rendre mes yeux noirs pour lui passer l’envie de venir me faire la conversation. J’ouvris. Mes yeux noirs rencontrèrent ses yeux noirs comme le chocolat. Ses yeux ont ricoché dans les miens comme quand on se met accidentellement le doigt l’œil. Un battement d’aile. Un deuxième papillon dans l’estomac. C’est dérangeant un papillon dans l’estomac, mais deux ce n’est pas agréable du tout. Parce qu’il n’y a pas beaucoup de place pour bouger alors on a tendance à souvent penser aux papillons. Je n’aime pas les papillons. Je n’aime pas penser aux papillons. J’aime bien le silence par contre. Oui, le silence c’est sympa. Je n’ai aucun souvenir de ce qu’il m’a dit ce jour là. Je pensais aux papillons.

Il y a eu d’autres matins avec des ombres qui rient, d’autres portes s’ouvrant sur des yeux noirs comme le chocolat. Il y a eu des soirées aussi. Il y a eu beaucoup de papillons. Le temps a passé et les papillons volaient toujours dans mon estomac. Je me suis même demandé s’ils se nourrissaient de mon intestin ou autre qui leur aurait permis de rester en vie si longtemps. Ca doit être douloureux tiens ! L’idée me dérangeait assez. Décidément je n’aime pas du tout les papillons. Mais la vérité c’est qu’à cause de lui, j’avais des papillons dans le ventre.

Lui par contre il aimait les papillons. Il en avait beaucoup accroché avec des aiguilles. Je regardais les papillons. Ils me fissuraient le cœur. Ils étaient contraints de garder les ailes grandes ouvertes. Ils devaient être fatigués à force. J’étais face au mur, il a posé une main sur ma hanche. Déposant un baiser très chaste sur ma joue et il m’a dit qu’il m’aimait. Je ne suis pas très doué avec les interactions sociales. Alors je n’ai rien dit. J’ai dû sourire. J’espère que j’ai souri. Vous vous souvenez que deux papillons ce n’est pas très agréable. Mais alors tout un troupeau ce n’est vraiment vraiment pas agréable.

Quelques jours plus tard. J’avais très froid. J’avais décroché les papillons au mur. Je n’aimais pas mes papillons, mais je n’aimais pas du tout les voir les ailes ouvertes sur le mur. Il était allongé sur le sol. C’est moi qui l’avais mis là. Il dormait quand j’avais enfoncé la lame du couteau de la cuisine dans son estomac. Il ne s’était pas réveillé. Je voulais lui faire la surprise. J’avais mis mes mains pour enlever ce qui me gênait et j’y avais mis tous les papillons du mur. Il allait enfin pouvoir comprendre ! Maintenant, lui aussi avait des papillons dans le ventre grâce à moi. Je ne sais pas si vous savez mais je ne suis pas très douée avec les interactions sociales… Depuis mes papillons ont arrêté de voler…

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DPchallenge #1

Il attendait debout depuis presque une heure. Il s’était décidé au matin et plus rien ne pourrait le faire changer d’avis. Il attendait debout, le regard fixé, droit devant lui. Nul n’aurait pu dire ce qu’il regardait. Certains badauds posaient sur lui des coups d’oeil mauvais, le prenant pour un dérangé. Les poètes affirmaient qu’il avait quelques visions. Les corps se bousculaient autour de lui mais lui ne les voyait déjà plus. Il fixait droit devant lui, les poings serraient. Il avait dans les yeux cette étincelle qui ne s’éteint jamais, une étincelle, un mélange de peur et de fierté. Il fixait l’ombre et la ténèbre. Il fixait sa peur et sa fierté. Le soleil ne passait plus là où il voulait aller. Les passants se faisaient engloutir par l’ombre. On les voyait disparaître tour à tour. Bien entendu, personne ne s’affolait, c’était la routine, le passage obligé. Les passants faisaient leur marché comme si de rien était. Comme si le monde allait, comme si la paix allait. Parce qu’il fallait bien continuer à vivre, parce qu’il fallait bien se donner les moyens pour survivre. Et on voyait les passants traverser l’allée sans lumière, tout au fond de la promenade de brique rouge. C’était bien ça qu’il fixait. C’était cet endroit qu’il convoitait. Et plus il fixait l’obscurité plus son regard se perdait. Ô ciel qu’il se perdait. Il se vidait. L’étincelle était toujours là, ce mélange, à la fois de peur et de fierté. Mais on ne pouvait plus voir de fierté sur son visage et ses traits n’affichaient plus aucune peur. Il se vidait. Il se vidait. Il se vidait parce qu’il regardait l’obscurité qui vomissait ses fantômes, ses souvenirs et ses secrets.
Il s’était décidé au matin. Sans dire un mot. Sans un mot il avait quitté sa chambre. On a pas toujours besoin des mots. Parfois, les mots sont de trop. Il n’avait pas besoin des mots. Il avait quitté sa chambre. Il avait embrassé sa mère sur la tempe. Elle souriait encore. Elle souriait toujours pour lui. Il avait plongé ses yeux dans les siens et il était parti, sans un mot. Pour ne pas tout gâcher, pour ne pas se rétracter. Les mots auraient étaient de trop. Il avait quitté son logis et il avait marché droit devant lui. Et il était arrivé là. Sur la promenade. Au milieu des briques, des passants qui faisaient leur marché, des cris des bébés, des odeurs de chiens et de pain frais. Il avait marché pieds nus. Tout droit. Ca faisait presque une heure qu’il était là. Comme il avait marché pieds nus, les badauds le dévisageaient. Ils le dévisageaient de cette façon désagréable, de ce regard accusateur et trop curieux qu’ont toujours les badauds. Souvent, on se laisse détruire par ce genre de regard. Peut-être qu’il aurait du se laisser détruire. Mais il ne voyait rien, même pas ses pieds salis. Il aurait peut-être du se laisser détruire. S’il y avait quelque chose à détruire, ça aurait pu être mieux.
Il était juste là, debout depuis une heure. Il était juste là, à quelques pas de moi. Moi aussi j’étais là. Je l’observais depuis une heure. Je l’observais, lui qui observait l’obscurité. J’observais son étincelle et ses poings serrés. J’aurais pu tendre les bras et je l’aurais touché. Je l’aurais touché et je l’aurais serrer dans mes bras. Et je lui aurait dit que tout allait bien. Je lui aurait dit que je ne savais rien mais que je comprenais, parce que je connaissais. Je lui aurait dit que je connaissais son étincelle, celle qui ne s’éteint jamais, son étincelle de peur et de fierté que seul une douleur, aiguë et immortelle, pouvait donner. J’aurais du tendre les bras et je l’aurais laisser pleurer tout contre moi. J’aurais sans doute pleurer avec lui dans mes bras. Si j’avais eu des bras je l’aurais serré fort. On a pas toujours ce que l’on veut. J’aurais voulu des bras. Lui aurait du avoir des chaussures ou alors quelque chose à détruire. Comme la vie aurait était plus douce pour nous deux. Moi avec des bras, lui avec des chaussures. Et j’ai souri en pensant à tout ça. Je l’observais et j’ai souris comme sa mère avait sourit. C’est à ce moment là qu’il a bougé. Mon coeur a failli s’arrêter, pétrifié de surprise. C’est qu’il était debout depuis longtemps et il n’avait pas bougé. Et je l’observais observer, alors jamais je n’aurais pu deviner qu’il allait bouger. Sans quoi je l’aurais bien serrer fort dans mes bras. Il a mis la main contre son coeur. J’ai senti le mien se réchauffer un peu, parce que je me suis dis qu’il sentait son coeur. Le mien devenait tout chaud parce que je me suis dis qu’il avait peut-être quelque chose à détruire finalement, quelque chose à protéger. Je me suis dit qu’il cherchait peut-être ses chaussures. Il a mis la main contre son coeur, comme s’il voulait le protéger, comme s’il avait mal de l’intérieur. Il a mis sa main contre son coeur et il a arraché son coeur pour le jeter contre les briques rouges juste à côté de moi. Tout est allé vite. Trop vite. Si vite que je n’ai pas pu tendre les bras de mon coeur pour attraper le sien. Il a sorti une arme. On reconnait vite ce genre de chose, même si on ne les connait pas. Il a sorti une arme au milieu de la promenade, là où les passants faisaient leur marché. Et il a tiré. Il a tiré comme il pouvait. Tout est allé si vite. Les badauds criaient comme des bébés. Et je l’ai regardé. Il pleurait. L’étincelle s’était fait manger par l’obscurité. Il pleurait. Tout est allé trop vite. Les soldats sont arrivés. Le cuir de leur botte grinçait. Ils ont tirés. Il ont tiré sur lui et il est tombé. Mort. J’ai regardé son coeur qu’il avait jeté avant de tiré. J’ai regardé l’étoile jaune qu’il avait arraché.

Loanx十

Frères Ennemis

Plaisir et Douleur vont de paire. Tout comme la haine et l’amour sont sœurs, ces deux là sont de la même portée. Quoi de plus simple que de comprendre l’un par l’autre. La douleur peut être si intense qu’elle entraîne dans les landes de l’extase, comme un voyage en direction du septième ciel. Le plaisir peut être si délectable qu’il enfonce quiconque y goûte dans les tréfonds de l’enfer. La délicieuse douleur. L’horrifiant plaisir. Le masochisme n’est pas un chemin de vie si particulier à saisir. Ce sont des camés, dépendants de cette précieuse sensation qui rappelle non sans violence combien la vie sait être intense. Les amants dans la nuit partagent le plaisir que procure ce mal. Les mains dansent, les corps se cambrent, se tordent et retombent, le cœur à vif, exaltant de vie, hurlant d’amour. Regardez là-bas, toute candide elle l’a aimé à bout de force pendant qu’il s’en aller sans s’en soucier. Et ce tendre amour, bien trop fort, lui a entaillé les poignets et l’enfant impuissante se vide du nectar qui la maintient en vie. Le plaisir amène vers la douleur. Et le temps coule fatalement entre nos doigts. Et les souvenirs se tarissent. À la fin, il ne reste plus grand chose. On ne comprend plus. On arrive plus à comprendre ou plutôt on ne veut plus comprendre. Douleur et plaisir sont frères. Ils sont liés puisqu’ils vont de paire. Mais pour rien au monde je voudrais échapper à l’un si l’autre m’était enlevé. Laissez moi connaître et savourer les plaisirs, laissez moi souffrir jusqu’à en crever. La vie est faite ainsi.